Crise sanitaire. Et si... on en faisait une chance?

En 1918-1919, la "Grippe Espagnole" faisait entre 200 000 et 400 000 morts en France, après la saignée démographique liée à la guerre. La crise sanitaire liée au Covid-19 n'est certes pas la première genre, loin de là. Mais c'est la première pandémie qui a lieu dans un contexte mondialisé, ultra-urbanisé, avec une fréquence inédite des échanges internationaux. Les décisions de fermeture et de confinement donnent un violent coup d'arrêt à la vie du pays et ce sont des pans entiers de notre économie et de notre vie sociale qui sont mis au point mort. Une part essentielle de notre population active craint pour son activité et ses ressources.

L'information, vraie ou fausse, circule à la vitesse de la lumière, véhiculée par des réseaux sociaux sans autres pare-feux que l'intelligence de ceux qui ne gobent pas les premières nouvelles venues et qui vérifient leurs sources. Quelques médias "officiels " en font leurs choux gras dans le seul but d'augmenter leur audience en propageant à dessein de pseudo-infos anxiogènes qui ne sont au mieux que probables, à défaut d'être complètement démenties.

Dans ce contexte incertain, peut-on puiser des raisons d'espérer, des opportunités de changer de logiciel, de ralentir une course absurde au soit-disant progrès, de se sentir davantage citoyens du monde? Et bien, oui, il y en a, et c'est peut-être une chance à condition de savoir la saisir.

TCmagazine a posé la question aux élèves de la classe de licence professionnelle de gestion de la production industrielle LP GPI de l'université de Nice Sophia Antipolis. C'est avec leur contribution que cet article a été écrit.


© Ravi Roshan

Solidarité:

Comme dans toute situation de crise, la pandémie touche la population de façon inégale: Mamans actives avec des enfants à garder, employés des services de l'Etat, personnel de santé, petites entreprises des secteurs du tourisme, du spectacle, de la restauration, de la production agricole, de l'hébergement... et la liste n'est pas exhaustive. Les expressions de solidarité sont multiples, à commencer par les décisions attendues et prises au plus haut niveau de l'Etat concernant le chômage partiel, le télétravail, les reports d'échéance... Au delà de ces mesures, ce sont une foule d'initiatives individuelles ou collectives qui sont menées pour aider ceux qui souffrent le plus de la situation: propositions spontanées de gardes d'enfants, versement d'acomptes en cas de report d'événements, mise en réseau de producteurs agricoles avec des consommateurs pour écouler les invendus liés à l'effondrement des commandes.

Notre restaurateur préféré ne peut plus nous accueillir et nous propose de venir chercher des plats à emporter, ou de nous les livrer? Allons-y! Et faisons un bon dîner avec des plats qu'on ne cuisine pas forcément chez soi.

Le fait de se sentir collectivement concernés par une situation qui nous dépasse force une compréhension qui se traduit par des comportements plus citoyens. On se parle, on se sourit, on reste à distance, certes, mais on partage, on fait face. On respecte nos aînés, on prend souvent de leurs nouvelles et on ira les voir dès que l'on pourra. On s'aperçoit qu'un portable, ça sert aussi à dire à dire à mamie qu'on l'aime et pas seulement à se mettre des plumes dans le c... sur Tiktok.

Bien entendu, des grincheux vont venir prétendre que " les gens" ne se comportent pas comme il faudrait. Et oui, nous sommes dans un monde où la vertu n'est pas universellement partagée. Cela dit, et peut être à cause de cela même, nous avons une chance d'arrêter de râler en agissant pour les autres, c'est à dire pour soi-même. Saisissons-là.

Proximité:

Et oui, nous avons à nos portes des producteurs locaux qui ne demandent qu'à nous vendre leurs fruits, leurs légumes, leurs fromages, leur viande, leurs fleurs,...

Alors, au lieu de manger des pommes du Chili et d'importer de la viande du Brésil, retrouvons les bienfaits de cuisiner des produits frais, de chez nous, de saison. Pour les Alpes Maritimes, il y en a toute une liste, de ces producteurs, recensée dans mon livre "Je cuisine les produits de mon terroir". Et pour ne pas être taxé de profiter de la situation en essayant de vous le vendre, je vous fais cadeau de la liste des producteurs

© Fabrice Roy

Géopolitique et géo-économie:

Le monde s'est aperçu que le Covid-19 se fichait pas mal des frontières, des religions, de la couleur politique des contaminés. Avec la crise, la planète rétrécit davantage, nous force à prendre du recul et à relativiser les sources de nos conflits. Une piste de réflexion sur l'inutilité des murs et la vertu des ponts.

La mondialisation à tous crins en prend aussi pour son grade. Pendant 40 ans, nous avons délégué des pans entiers de nos économies à des pays tiers, nous leur avons transmis notre savoir-faire sans nous préoccuper de le conserver chez nous. Des approvisionnements cruciaux pour nos nations ne dépendent plus de nous. Une bonne raison de rembobiner, d'identifier clairement ce qui est réellement stratégique: énergies, transports, santé, défense, communications... et de reconstituer les moyens de l'assumer au niveau local. Est-ce du souverainisme? Bien sûr que non. C'est juste du bon sens. Echanger les compétences, oui. Abandonner les nôtres, non.

© Joe Beck

Environnement:

Les chinois respirent! C'est le paradoxe vertueux de cette pneumopathie pour notre planète qui n'en peut plus d'être torpillée par une vision économique court-termiste et dépassée. On se déplace moins, on pollue moins. L'inactivité forcée pousse à (re) découvrir la forêt qui est à côté de chez nous, les petits chemins de montagne, le bord de mer, le paysan d'à côté. On se rend compte de façon surprenante que le savon, c'est une invention géniale et qu'une bonne hygiène, c'est plutôt cool pour préserver sa santé et l'environnement. De bonnes habitudes naissent ou renaissent. Et cà, c'est inappréciable.

© Fabrice Roy

Société:

C'est toute une vision de notre approche sociétale qui peut se mettre en place à condition de le vouloir. On retrouvera une proximité et un dialogue familial avec le développement et la pérennité de nouvelles formes d'organisation du travail, dont on s'aperçoit que dans certains cas, ça marche plutôt bien, et même mieux que de se déplacer au bureau. Dans un rapide sondage fait auprès de mes étudiants à la Faculté de Nice, la famille arrive en tête des valeurs personnelles. Arrêtons de penser que nous pataugeons dans un marigot d'individualistes et laissons cela à nos propres souvenirs des années 1980.

© Irina Murza

Sagesse et tri:

Devant l'afflux des nouvelles complotistes et catastrophistes (sans craindre le pléonasme), l'occasion nous est offerte d'exercer des facultés que nous possédons tous, en principe: le bon sens, le discernement, la bienveillance, le contrôle des sources d'information. Personnellement, j'ai déjà banni des radars une bonne dizaine de soi-disant média qui nous repassent en boucle la croissance du nombre des victimes et toute information potentiellement anxiogène. C'est vrai que relayer des messages d'espoir ou des initiatives citoyennes, ça ne fait pas vendre. Alors, comme ces "informations" ne valent que parce qu'on clique sur les liens qui les véhiculent, un geste simple: stop. Ce n'est pas faire preuve d'un optimisme béat. C'est juste ne pas accepter de se faire prendre pour des buses.

© Elijah O'Donnell

Et maintenant?

Patienter, respecter les consignes, être solidaire, et préparer l'avenir avec confiance. Pourquoi? Parce que l'avenir dépend de nous, depuis le bulletin de votre jusqu'au plus petit geste citoyen.


Remerciements

Willam Adalsberg, Pher Aquino, Jeremy Baron, Emma Charbonnel, Yoann Gourdon, Marian Granados Palacios, Florian Laboret, Rebecca Mimouni, Guillaume Mourou, Gregory Perraud, Aymeric Pierron, Lilian-Michel Sartore, Timothée Sercy, Achraf Shili.

LP GPI Nice Sophia Antipolis.

© Fabrice Roy



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