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Manet et son Olympia

" Le ton des chairs est sale, le modelé nul... ici, il n'y a rien, nous sommes fâchés de le dire, que la volonté d'attirer les regards à tout prix." Cette critique de Théophile Gautier dans le Moniteur Universel du 24 juin 1865 règle son compte, du moins le pensait-il, à l'Olympia qu'Edouard Manet a présentée au Salon la même année.

Camille Pissarro Bazincourt, effet de neige. Coucher du soleil, 1892, Huile sur toile, 32 x 41 cm, Hasso Platner Collection / Sammlung Hasso Plattner
Edouard Manet. Olympia. 1865. Musée d'Orsay.© Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

Edouard Manet peint son Olympia en 1863. Malgré les références appuyées à la Vénus d'Urbin que Manet avait copiée en Italie en 1853, le tableau suscite un scandale retentissant, plus encore que le "Déjeuner sur l'herbe" rejeté par le jury du Salon de 1863.

Georgette Agutte. Bord de Seine à l'Automne. Vers 1890. Musée de Grenoble.
Titien. Vénus d'Urbin. 1538. Galerie des Offices Florence.

La pose est semblable, le regard tourné vers le spectateur, avec pudeur chez Titien, directement chez Manet, ce qui a été immédiatement perçu comme la provocation d'une prostituée, fut-elle de luxe. Le chien, symbole de fidélité, est remplacé par un chat noir aux yeux brillants qui évoque la lubricité. Les servantes qui s'affairent au fond de la toile de Titien cèdent la place chez Manet à une soubrette noire qui porte un bouquet enveloppé dans du papier froissé.

Théophile Gautier poursuit: "... et que dire de la négresse... et du chat qui laisse l'empreinte de ses pattes crottées sur le lit."

Les deux femmes ne portent qu'un bracelet, avec en prime un tour de cou pour Olympia.

Même pose alanguie, mais cette fois les yeux fermés pour le tableau de Gorgione, peint en 1510, et dont on dit qu'il a été achevé par Titien, qui fut son élève.

Georgette Agutte. Le Café dans le jardin. Musée de Grenoble.
Vénus endormie. Gorgione - Titien. Vers 1510. Gemäldegalerie Alte Meister. Dreden

Quand on regarde attentivement ces femmes, on ne peut s'empêcher de s'interroger sur le rôle assigné à leur main gauche... si le but des artistes n'était que d'en cacher le sexe, pourquoi les doigts des Vénus seraient-ils repliés, évoquant tout autre chose ? La main la plus pudique est probablement celle peinte par Manet....


L'Olympia de Manet, que certains dans le public du Salon, on tenté de percer à coup de parapluie, a trouvé néanmoins quelques défenseurs, et non des moindres. Ainsi, Emile Zola, écrivait dans la revue du 19ème siècle, le premier janvier 1867:

" J'ai dit chef-d'œuvre, et je ne retire pas le mot. Je prétends que cette toile est véritablement la chair et le sang du peintre, et que jamais il ne la refera. Elle est

l'expression complète de son tempérament ; elle le contient tout entier et ne contient que lui. Elle restera comme l'œuvre caractéristique de son talent, comme la marque la plus haute de sa puissance, comme la mesure de sa force.

J'ai lu en elle la personnalité d'Édouard Manet, et lorsque j'ai analysé l'artiste lui-même, j'avais uniquement devant les yeux cette toile qui renferme toutes les autres."


En 1890, 7 ans après la mort de Manet, Claude Monet lance une souscription pour racheter l'Olympia à Suzanne Leenhoff, sa veuve, qui en demande 20 000 francs. Après de nombreuses péripéties, le tableau entre au Musée du Luxembourg, puis au Louvre, au Jeu de Paume et enfin en 1986, au Musée d'Orsay, où il se trouve actuellement.


Dans ses conférences d'histoire de l'art, Fabrice Roy conjugue le passé au présent, dans une évocation poétique et ludique du 19ème siècle français...



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