René Corbier, la Scène au cœur...

Un parcours exceptionnel voué à la culture, près de trente ans passés en tant que Directeur des Affaires Culturelles de la Ville de Cannes, une forte implication dans la vie associative... c'étaient là pour René Corbier des lettres de créance incontestables pour se voir confier la Direction Artistique de la toute jeune Scène 55 à Mougins. Avec son théâtre, son école de musique, ses ateliers de pratique artistique et une résidence dédié à la marionnette, ce lieu est devenu le creuset d'une culture multiforme et populaire dans le sens le plus noble du terme.

Entretien avec celui qui en règle les pulsations:

René Corbier. © Fabrice Roy

René Corbier, pour vous, la culture, c'était une vocation précoce ?

Quand on a 20 ans, on a des projets et puis bien souvent, notre carrière se déroule à des années-lumière de ce qu'on avait en tête. En ce qui me concerne, le déroulement de ma vie a été assez proche de ce que je voulais faire, c'est à dire développer des actions culturelles en direction du public, avec un degré de conception suffisamment élevé, mais en restant proche de la réalité du terrain. J'avais eu la possibilité d'exercer des responsabilités dans la haute administration mais cela m'intéressait moins que de m'investir dans les collectivités territoriales, parce que c'était là que je pouvais rencontrer le public et trouver du sens à mon action. J'ai gardé ce souci de développer la culture sans perdre de vue l'humain, en évitant de construire uniquement des dispositifs impersonnels et déconnectés.


Pour vous, la culture a donc un rôle pédagogique, créateur de lien social ?

C'est une nourriture. C'est comme une plante qui pousse bien si on la cultive. C'est de l'oxygène, cela fait avancer la société. La culture donne un éclairage qui permet d'aiguiser le regard critique, d'analyser les choses comme elles doivent l'être, le plus objectivement possible.


Quand vous avez pris vos fonctions à la Ville de Cannes, qu'avez-vous trouvé, qu'aviez-vous envie de faire ?

C'était très simple. Le service culturel n'existait pas de manière structurée. Les instructions que j'avais reçues du maire de l'époque étaient de créer une direction des affaires culturelles tout en soutenant et en dirigeant l'office municipal de la culture. Pour être tout à fait franc, j'ai un peu hésité avant d'accepter, non pas à cause de l'intérêt du poste, mais parce que je n'étais pas certain d'être armé pour y réussir. Cannes, c'était un renom international, le festival, l'école de danse...

Après en avoir discuté, notamment avec mon épouse, je me suis dit simplement que ce que je ne savais pas, je l'apprendrais... C'était un pari, avec l'ambition de le réaliser dans la durée. On pouvait avoir la tentation de faire des opérations un peu spectaculaires qui brillent mais ne durent pas. Or, je ne suis pas vraiment intéressé par l'éphémère ! J'ai dirigé ce service pendant trente ans, sous quatre maires différents.


René Corbier, c'est aussi un engagement associatif, notamment avec le Logis des Jeunes de Provence et la Fabrique Mimont à Cannes...

Une fois à la retraite, je me suis vu proposé d'intégrer le Conseil d'Administration du Logis des Jeunes de Provence. Il se trouve que cette structure comportait 200 chambres, une petite salle de spectacle de 130 places, avec un studio de danse. Parallèlement au logement des jeunes qui se trouvaient là, on y a installé une résidence de création pour diverses formations d'artistes, grâce à des contributions de la région, de l'Etat à travers la DRAC, puis du Département et de la Ville de Cannes. Les jeunes qui sont reçus en résidence ont le même âge que les jeunes qui habitent sur place. C'est le moyen d'intéresser les uns par l'activité des autres par exemple en leur ouvrant l'assistance aux répétitions ou la participation à des ateliers d'écriture.

Répétition de danse à la Scène 55. © Fabrice Roy

La Scène 55 et vous...

J'ai au la chance d'être associé à l'aventure de la Scène 55 avant même ses travaux de construction, ce qui m'a permis d'apporter une certaine contribution à l'articulation des lieux. Celle-ci avait été confiée à un cabinet d'architectes spécialisé dans la construction d'espaces culturels et je dois dire que ce bâtiment a été très bien conçu. Michel Bianchi, adjoint à la culture, ainsi que le maire Richard Galy ont été extrêmement attentifs et impliqués, jusque dans les moindres détails.


Quelle est la ligne directrice de la programmation ?

Mon cahier des charges est d'avoir une scène pluridisciplinaire. Dans nos discussions avec l'Etat et la Région, il est ressorti rapidement que, comme nous avions à nos portes le Pôle National Supérieur de Danse Rosella Hightower, cette discipline devait constituer une dominante de la programmation. De même, le théâtre de marionnettes, car peu d'équipements existent dans le Sud pour le valoriser. Il s'agit d'un art complet, que j'affectionne beaucoup, il y a de la mise en scène, de la musique, de l'art plastique.


Quelle est la part que vous réservez à la création ?

Quand on ouvre un centre comme celui-ci, avec sa jauge de 550 places et, dans son environnement, d'autres lieux de spectacles de qualité, on doit tout d'abord trouver son identité. Il était donc urgent de ne pas se précipiter, d'écouter, et dans un premier temps, d'assurer une certaine sécurité dans la réponse des spectateurs. Au départ, j'ai fait le choix d'inviter par exemple la Comédie Française ou encore Barbara Hendricks, des valeurs sûres. Quand on a réussi à fidéliser le public, on peut donner sa place à la création, mais pas plus vite que la musique. Notre mission est de satisfaire les amateurs les plus divers, dans la transmission de la tradition et du patrimoine et progressivement dans la création contemporaine.


Exposition photo de Guy Delahaye. © Fabrice Roy

La pandémie et le confinement, pour vous, ce furent une catastrophe, une parenthèse, une opportunité... les trois à la fois ?

La pandémie, on s'en serait passé, naturellement. On a dû annuler neuf spectacles et le printemps de la marionnette. J'ai passé plus d'un mois en télétravail pour tenter de trouver avec les compagnies concernées des dates nouvelles. On a ainsi pu réussir à reporter 90% des spectacles annulées, et la quasi-totalité du printemps de la marionnette.

Quand à savoir si l'après-pandémie apportera une vision différente des choses, j'ai envie de dire que nous n'avons pas encore de réponse à cette question. Nous avons concentré notre travail sur le règlement des urgences, sur la préparation de la reprise. Le personnel a été formidable, la billetterie rouvre demain mercredi et nous sommes plutôt satisfaits des premiers retours.


Une baguette magique et un vœu?

Le vœu, c'est que l'aventure se poursuive et se développe, c'est qu'elle draine un public de plus en plus nombreux et surtout fidèle au sens que nous avons voulu donner à cet outil fabuleux. Nous avons fait une demande officielle de label en tant que scène d'intérêt national, ce qui nous ouvrira l'accès à un certain accompagnement de l'Etat à travers une convention pluriannuelle suivie par la DRAC.

Quant à la baguette magique, c'est la Scène 55 elle-même, voyons !


La Scène 55

55, chemin de Faissole

06250 Mougins

Tél: 04 92 92 55 67

contact@scene55.fr



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