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Nerval, le ténébreux, le veuf, l'inconsolé

J'ai composé ce sonnet en 2006, en hommage à Gérard de Nerval (1808-1855). Celui-ci, auquel Goethe avait écrit, après avoir lu sa traduction de Faust: "Je ne me suis jamais si bien compris qu'en vous lisant" est mort tragiquement, pendu aux barreaux d'une grille d'égout de la rue de la Vieille Lanterne une nuit d'hiver 1855.

Paul Delaroche (1797-1856) La jeune martyre, 1855 Détail. Paris, Musée du Louvre © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / René-Gabriel Ojéda

Hommage à Nerval

Quand gèlent mes pensées, figées en stalactites Les couleurs de ma vie, suspendues en essaim Coulent en noir et blanc au travers de mes mains Avant de s’enflammer aux vapeurs de ma cuite


Un soir, j’avais perdu le nord de ma boussole Et j’errais dans les rues en cherchant le portail Où se pendit l’hiver mon ami de Nerval Son chapeau sur la tête en comique auréole


Et passent mes journées remplies de ton absence, Ophélie, où es-tu, ma muse souveraine ? Ton image se perd en infusion lointaine.


Aux marches de l’oubli, s’installe le silence! Et asséchant ma plume au coin de l’encrier La détresse me fuit avant que de me tuer


(c) Fabrice Roy 2006

Cet ami d'Alexandre Dumas, de Nadar et de Théophile Gautier a inspiré, des années après sa mort les courants symboliste et surréaliste.

André Breton écrira: " Nerval possède à merveille l'esprit dont nous nous réclamons ", à l'image des "Chimères", poèmes écrits par Nerval un an avant sa mort, alors qu'il est interné dans la clinique du Docteur Emile Blanche à Passy.


Paul Sérusier. Baigneuses au voile blanc 1908 © RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski
Paul Sérusier. Baigneuses au voile blanc 1908 © RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

Delfica

La connais-tu, Dafné, cette ancienne romance,

Au pied du sycomore, ou sous les lauriers blancs,

Sous l’olivier, le myrte, ou les saules tremblants,

Cette chanson d’amour qui toujours recommence ?...


Reconnais-tu le Temple au péristyle immense,

Et les citrons amers où s’imprimaient tes dents,

Et la grotte, fatale aux hôtes imprudents,

Où du dragon vaincu dort l’antique semence ?...


Ils reviendront, ces Dieux que tu pleures toujours !

Le temps va ramener l’ordre des anciens jours ;

La terre a tressailli d’un souffle prophétique...


Cependant la sibylle au visage latin

Est endormie encor sous l’arc de Constantin

-- Et rien n’a dérangé le sévère portique.


Gérard de Nerval. Les Chimères. Delfica.


Dans ses conférences d'Art et d'Histoire, Fabrice Roy conjugue le passé au présent, dans une évocation poétique et ludique du 19ème siècle français...




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